Bush Tucker

A l’aube du 9ème jour je n’ai pas de difficulté à me lever très tôt (4h30). La motivation est là et pour cause, si tout se passe bien, j’aurai la chance de passer mon prochain jour de repos avec Aurore. Elle a un vol pour Perth le 18 octobre et elle pourra me rejoindre en seulement une heure de voiture. Mon objectif est simple : rejoindre Dwellingup en 3 jours pour passer la journée suivante avec elle.
Day 9 : 4h30, 7°C, un bon bol de muesli maison et c’est parti !
Day 9 : 4h30, 7°C, un bon bol de muesli maison et c’est parti !
En ce premier jour de reprise, je suis donc extrêmement motivé mais cela fait quelques jours que mon genou fait des siennes. A onze heures, j’arrive au premier « camp site ». Après un bon repas, je décide de repartir pour le prochain refuge. Au bout de 30 km mon genou est extrêmement douloureux. Je finirai les 3 derniers kilomètres en boitant. J’arrive tard à destination et je n’ai qu’une heure de jour pour m’installer, faire ma toilette et manger. Une fois la nuit tombée tout devient plus compliqué. Le refuge est, en fait, l’ancienne maison du veilleur d’incendie. Accolée à celle-ci, il y a la tour de garde. L’ensemble est posé au sommet d’une colline nommée « Mount Wells ». Comme il y fait très froid (4°C à l’intérieur) et qu’il y a une cheminée, je tente d’allumer un feu. Je l’éteins à la hâte en réalisant que la pièce commence à se remplir d’une épaisse fumée. La nuit au coin du feu, nu sur mon duvet, ce n’est pas pour ce soir !…
Day 9 : Ce soir je partage le refuge avec un « Pilbara barking Gecko »
Day 9 : Ce soir, je partage le refuge avec un « Pilbara barking Gecko »
Day 10 : Mount Wells Camp site
Day 10 : Mount Wells Camp site
Les deux jours suivants ont l’avantage d’être moins longs (14 et 19 km) et reposent mon genou. La piste arrive à Dwellingup en suivant l’ancienne voie de chemin de fer. Ça me donne l’impression d’être un vagabond. Je m’installe au camping du village dans un petit préfabriqué de 3m par 3m, juste la place pour un lit et un chauffage électrique, le grand luxe !
Day 11 : Pour arriver à Dwellingup suivre la voie ferrée sur 10km
Day 11 : Pour arriver à Dwellingup suivre la voie ferrée sur 10km
Le lendemain matin, Aurore me rejoint pour une super journée où la voiture de location permet de ne pas marcher tout en visitant les alentours de Dwellingup et notamment les berges de la rivière Murray.
Day 12 : Best resting day ever ! ;-)
Day 12: Best resting day ever!
En arrivant à Dwellingup j’ai réceptionné un de mes colis de ravitaillement envoyé depuis Perth. Celui-ci contient les rations qui me permettront de rejoindre la ville de Collie en 7 jours. De plus, j’y ai mis un petit guide décrivant les « bush tuckers » c’est-à-dire tout ce qui peut se consommer dans le bush. On trouve de nombreuses plantes (plus ou moins toxiques) qui demandent un vrai savoir de préparation, quelques très rares fruits consommables directement, des mûres ainsi qu’un « mets» qui a attiré mon attention, les « Bardi Grubs ». Il s’agit d’une grosse chenille blanche qui colonise les troncs d’arbres morts (plus précisément les « Grass tree »). Ces « bush tucker » présentent l’intérêt d’être très faciles à trouver (dépense énergétique faible) et d’être une source importante de protéines. En fin d’après-midi du 13ème jour, je suis bien décidé à en trouver.
Depuis le départ les « Grass tree » sont absolument partout
Depuis le départ les « Grass tree » sont absolument partout
En moins de dix minutes et dans un rayon de moins de 100 mètres autour du « camp site » je trouve 2 troncs hébergeant des « bardi grubs ». Il ne me reste plus qu’à faire un beau feu de bois et je les grille dans une poêle à frire trouvée dans le refuge. Ainsi cuits, la texture change et le petit Bardi devient croustillant à l’extérieur et moelleux à l’intérieur. Le goût se « rapproche » d’une crevette. Une fois habitué, je me suis surpris à finir mon apéritif avec envie. Il faut dire que quand on a vraiment faim tout est bon.
Récolte de « Bardi Grubs »
Récolte de « Bardi Grubs »
Il n’y en aura pas pour tout le monde !
Il n’y en aura pas pour tout le monde !
Rassurez-vous, je ne me nourris pas exclusivement de chenilles. Mon alimentation se compose principalement de semoule, riz, pâtes, polenta, ainsi que des soupes et quelques boîtes de thon, saumon, poulet, sardines. Et pour le matin, de l’avoine et beaucoup de fruits à coque (amandes, noisettes, cacahouètes…) que je mange également à toute heure pendant que je marche.
Petits pains (eau + farine) cuits au feu de bois. Un délice avec du Nutella !
Petits pains (eau + farine) cuits au feu de bois. Un délice avec du Nutella !
Depuis le 14ème jour, la piste remonte la rivière Murray. L’endroit est beau et très vallonné. La traversée de la Murray, au 16ème jour se faisait, normalement, via un pont en bois vieux de 67 ans. Malheureusement celui-ci a complètement disparu dans un incendie l’année dernière.
Deux jours à remonter la Murray sur sa rive gauche
Deux jours à remonter la Murray sur sa rive gauche
L’une des dernières locomotives à utiliser le « Gully Bridge » en 1961
L’une des dernières locomotives à utiliser le « Gully Bridge » en 1961
La solution actuelle pour éviter la traversée de la rivière étant une déviation de 30 km sans intérêt, j’ai quand même décidé de tenter ma chance. Finalement, en arrivant à la rivière, le niveau était assez bas et un tronc d’arbre, quelques mètres plus bas, m’a permis de ne mouiller que mes mollets.
Le nouveau pont en bois pour traverser la Murray
Le nouveau pont en bois pour traverser la Murray
Il ne me reste alors plus que 3 jours de marche pour rejoindre Collie. Mon genou commence à aller mieux et le sac s’allège de la nourriture consommée jusque-là. Le 17ème jour, il y a encore un feu, volontairement déclenché, juste à côté de la piste. Ce n’est ni rassurant, ni agréable de respirer toute cette fumée et je commets l’erreur de marcher vite, sans vraiment prendre de pause pour sortir de la zone. À quelques kilomètres du refuge, une douleur sur le tibia, un peu au- dessus de la cheville, se fait ressentir. Les deux jours suivants (35 km) n’arrangent rien et arrivé à Collie le verdict tombe : tendinite du tibia antérieur.
Le lendemain de mon passage cette partie de la piste sera fermée
Le lendemain de mon passage cette partie de la piste sera fermée
Cela fait donc maintenant 4 jours que je suis à l’arrêt à Collie. La douleur n’est plus là. Je me donne 7 jours de repos, au total, avant de repartir et j’espère ne plus avoir à m’arrêter. En attendant, je m’occupe comme je peux, et encaisse le choc d’être enfermé dans une chambre après avoir vécu dehors pendant 20 jours. J’ai hâte de repartir et invoque les dieux de la forêt pour que tout aille pour le mieux…

4 commentaires sur “Bush Tucker

  • Brigitte Bouillot

    Ce poste est vraiment sympa et tous mes amis ne parlent que de ton apero dînatoire avec les vers
    Je sais que tu repars dans quelques heures Que la force soit avec toi.
    Fais des pauses régulièrement et bois beaucoup d eau(dixit Marie No et Pierre)
    Mille bizous qui s ėgrenent tout au long de ces 1000 kms

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  • Xavier Durand

    Tous mes encouragements sur ton long chemin, et j’espère que tu auras trouvé la solution pour contenir cette tendinite, ce genou.

    NB: Superbe blog/carnet de voyage !

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  • eric bouillot

    Impressionnante, superbe cette balade.
    Bon courage pour la suite, t’as l’air de t’éclater.
    Bisous à l’aventurier 🙂

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  • Benos

    😉

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