Grandpa is back on the track !

Je me repose dans ma petite chambre d’hôtel à Collie. Le but étant de récupérer au plus vite, je sors le moins possible et passe le plus clair de mon temps à regarder la télévision. Il est d’ailleurs remarquable de constater que la grande majorité des émissions débilisantes que l’on nous propose en France ont leur version Australienne. J’ai donc eu la « chance » de regarder « Australian Survivors » et « Selling houses Australia » l’équivalent respectif de « Koh-lanta » et « Maison à vendre » sur M6. Heureusement, chaque matin vers 10 heures, il y avait deux épisodes de Friends pour élever le niveau intellectuel.
Je n’ai même pas à sortir du lit pour profiter de cette merveilleuse fenêtre sur le monde !
Je n’ai même pas à sortir du lit pour profiter de cette merveilleuse fenêtre sur le monde !
Je profite, également, de cette période pour revoir mon équipement et traquer le moindre gramme superflu. Je dis notamment adieu à mon réchaud à gaz et accueille mon tout nouveau brûleur à alcool fabriqué à partir d’une canette de Coca. Ainsi, c’est un colis de 1,2 kg que j’expédie à Jim Freeman qui a volontiers accepté de garder le paquet jusqu’ à mon retour à Perth.
Mon brûleur P3RS en action un matin.
Mon brûleur P3RS en action un matin
Au bout de 7 jours d’un programme de rééducation intensif (TV, sieste, repas, TV, sommeil), je me sens mieux. Plus aucune douleur ni à la marche ni aux étirements. Je pense qu’il est temps de repartir. Après réflexions, je pense avoir identifié 4 facteurs de premier ordre pour éviter le retour de ma tendinite : la vitesse de marche, la distance parcourue en 24 heures, l’hydratation et les étirements. J’ai donc prévu une reprise toute en douceur avec 10 km les 4 premiers jours et 20 km les deux derniers jours de la section entre Collie et Ballingup. De plus, je marcherai très lentement (pas plus de 3 km/h). J’ai changé de volume de gourde (500ml -> 700ml) et m’abstiendrai de l’avoir intégralement bu toutes les heures de marche. Finalement, je prévois une séance d’échauffement/étirements matin et soir, la session du soir étant plus axée sur les étirements. C’est donc, avec appréhension et excitation, que je me lance pour 10 km le 1er Novembre. Ne faire que 10 km me contraint à ne pas dormir le soir à un campsite. Je plante donc la tente, pour la toute première fois dans le bush, près d’un petit lac artificiel. J’ai mis plus de 4 heures pour arriver là en marchant à l’allure d’un petit vieux qui va chercher son pain. Le soir, dans la tente, je sens une gêne au niveau de ma tendinite. Je me couche donc stressé de devoir abandonner d’un jour à l’autre avec le retour d’une douleur plus handicapante. Le lendemain, cette gêne n’a pas disparu et le froid du matin n’arrange rien. Je décide, malgré tout, de continuer tant que je le pourrai.
Ma salle d’échauffement et d’étirements.
Ma salle d’échauffement et d’étirements
Comme j’appréhende le passage de 10 à 20 km/jour, je décide, dès le deuxième jour, de passer à 15 km/jour en partageant l’effort entre le matin et l’après-midi et en profitant d’une longue pause le midi.
Lever de soleil au bord du Glen Mervyn dam.
Lever de soleil au bord du Glen Mervyn dam
Finalement, voyant que je n’ai pas plus mal, je me lance, dès le troisième jour, un objectif plus ambitieux d’une vingtaine de kilomètres avec toujours la liberté de planter la tente à peu près n’importe où, là où il y a de l’eau. Je finis donc ma journée 22 km plus loin, après environ 8 heures cumulées de marche. Je trouve un petit abri de fortune près d’un étang.
Mon abri en ce troisième soir depuis ma reprise
Mon abri en ce troisième soir depuis ma reprise
Ce soir-là, vers 19 heures, arrivent Peter et Stoby, deux pêcheurs de « Marron » (sorte de homard d’eau douce), l’occasion pour moi d’être initié à cette pêche qui se pratique de nuit. La technique consiste à placer un filet rond de 50 cm de diamètre à plat en bord de lac. Un appât est placé au milieu du piège. Au bout d’un quart d’heure, on revient voir, en éclairant à la lampe torche, s’il y a un « marron » sur le filet. Si oui, on remonte le filet qui se referme en tirant sur une cordelette reliée au bord de celui-ci que l’on aura pris soin d’accrocher à une branche sur la berge à l’autre extrémité. En plaçant plusieurs filets on récupère rapidement un grand nombre de « marrons » de toutes tailles. Quelques jours plus tard, j’apprendrai que la pêche au « marron » n’est ouverte qu’en janvier. J’ai donc braconné ce soir là…
Un « marron » d’une taille respectable.
Un « marron » d’une taille respectable.
Finalement, c’est avec un jour d’avance sur mon nouveau planning, que j’arrive à Ballingup. Ma tendinite reste à un niveau de gêne très acceptable et je commence de nouveau à espérer finir cette « petite balade ». Je prends un jour de repos et en profite pour me ravitailler pour les 3 prochains jours entre Ballingup et Donnely River Village où m’attend un colis plein de nourriture.
A Ballingup, la solution d’hébergement pas cher, c’est le « Post office backpacker » !
A Ballingup, la solution d’hébergement pas cher, c’est le « Post office backpacker » !
Comme à mon habitude, je prends des forces au « Pub » du coin.
Comme à mon habitude, je prends des forces au « Pub » du coin.
De ne plus pouvoir dormir, au prochain campsite tous les soirs, est loin de présenter que des inconvénients. En effet, je plante ma tente, la plupart du temps, dans des endroits très jolis en bord de rivière ou de lac. Je peux fractionner ma journée de façon plus efficace et, maintenant que ma tendinite n’est plus vraiment un problème, je peux faire plus que la distance entre deux abris. Ainsi, je parcours les 55 km entre Ballingup et Donnely River en seulement deux jours. Néanmoins, comme je marche toujours assez lentement, l’effort est assez conséquent et il me faut 8 à 9 heures de marche cumulée pour parcourir environ 28 km le 1er des deux jours. Même si marcher lentement est, sans aucun doute, moins fatiguant que marcher vite, mes muscles encaissent difficilement ce nouveau régime. En effet, jusqu’à présent, je ne marchais globalement, que 4 à 5 heures cumulées par jour à une vitesse moyenne de 5 km/h.
Un Kangourou sauvage passe à côté de ma tente entre Ballingup et Donnely River.
Un Kangourou sauvage passe à côté de ma tente entre Ballingup et Donnely River.
Je n’ai, malgré tout, pas prévu de rester à Donnely River, même si le village présente de nombreux avantages. En effet, ici, les animaux que je n’ai fait qu’apercevoir depuis près de 500 km se baladent tranquillement dans le village. Kangourous, émeus et perroquets sont ici chez eux et se sont habitués à la présence humaine. C’est très sympa et en même temps un peu déroutant après tant de rencontres impromptues où la barrière entre l’homme et l’animal est clairement établie et respectée. En quelque sorte, les animaux à Donnely River perdent de leurs intérêts, un peu comme un chat ou un chien qui en soi, ne représente plus rien de sauvage.
Des petits Kangourous se bagarrent à Donnely River.
Des petits Kangourous se bagarrent à Donnely River.
Un émeu…oui ce n’est pas beau !
Un émeu…oui ce n’est pas beau !
Je récupère donc, à Donnely River, le colis qui doit me permettre de rejoindre Pemberton à 5 jours de marche de là. L’odeur de la nourriture qu’il contient intéresse beaucoup les Kangourous… un mauvais présage pour la suite.
Un jeune Kangourou tente de voler une poubelle à Donnely River.
Un jeune Kangourou tente de voler une poubelle à Donnely River.
Sur la section menant à Pemberton, pas question de poursuivre mon rythme de plus 25 km par jour. En effet, ces cinq jours sont ceux présentant le plus fort cumul de dénivelés positifs et négatifs de toute la Bibbulmun Track. Cette portion est très sauvage et le sentier serpente au milieu d’une forêt très humide ou les « Karri » font leur apparition. Ces arbres, je ne les ai, pour le moment, jamais rencontrés. Ils font partie des plus hauts arbres au monde avec des spécimens mesurés à 90 mètres de hauteur.
Un « Karri » d’une cinquantaine de mètres de haut.
Un « Karri » d’une cinquantaine de mètres de haut.
Après deux jours de marche, me voilà à mi-parcours. Au milieu de nulle part se dresse un panneau symbolisant le milieu de la Bibbulmun track. La journée n’avait pas très bien commencé (pluie, jambes lourdes). Ce symbole me redonne le sourire.
En suivant la Bibbulmun Track, Kalamunda et Albany sont à équidistance.
En suivant la Bibbulmun Track, Kalamunda et Albany sont à équidistance.
Je dois dire que ce jalon, je l’attendais, mais pour être complètement franc, je suis beaucoup plus enthousiaste à l’idée de voir l’océan ou encore plus, le panneau indiquant la fin « Southern Terminus ». Plus j’avance vers Pemberton, plus la forêt devient humide. L’ambiance est quasi tropicale et me rappelle, sous certains aspects, la forêt primaire en Basse-Terre (Guadeloupe). D’énormes troncs de « Karri » servent de ponts pour franchir une multitude de petites rivières.
Encore un point commun avec la Basse-Terre, la terre rouge argileuse.
Encore un point commun avec la Basse-Terre, la terre rouge argileuse.
Pont de 20 mètres de long via un « Karri ».
Pont de 20 mètres de long via un « Karri ».
Depuis quelques semaines, j’ai pris l’habitude, le soir, de suspendre mon sac avec ma nourriture à l’intérieur. C’est la technique la plus employée, ici, pour éviter de se faire grignoter, voire voler ses rations pendant la nuit. C’est particulièrement efficace en cas d’attaque de « Possum » paraît-il !
Mon sac suspendu avec ma nourriture dedans.
Mon sac suspendu avec ma nourriture dedans.
Le problème, c’est que dans cette forêt, le risque vient des « Mardos » (sorte de musaraigne écureuil) et des rats. Les rongeurs sont agiles mais pas au point de descendre une cordelette à la verticale sur plus d’un mètre. Par contre, ils peuvent faire des sauts sur plusieurs mètres sans problème et c’est comme ça (je suppose) qu’un rat, au milieu de ma dernière nuit avant Pemberton, a pu grignoter mon sac pour essayer d’atteindre la nourriture contenue à l’intérieur. L’opération étant plutôt bruyante et mon sac se trouvant suspendu à 1 mètre de moi, j’ai donc été réveillé, en pleine nuit, et j’ai pu voir qu’il s’agissait bel et bien d’un rat. Après constat des dégâts (et quelques mots doux susurrés à l’oreille de Ratatouille) il m’a fallu trouver une solution pour qu’il ne recommence pas deux heures plus tard. Mon salut est venu de la cabane des toilettes à 25 mètres de là…
Le même rat a aussi essayé de me voler une tong !
Le même rat a aussi essayé de me voler une tong !
Finalement, j’arrive à Pemberton en fin d’après-midi, après avoir profité d’une longue pause déjeuner au Big Brook Dam.
Pause déjeuner au Big Brook Dam.
Pause déjeuner au Big Brook Dam.
A mon grand désespoir, le Pub à Pemberton est bien caché et c’est donc, sans avoir pu goûter leurs burgers, que je repars le lendemain matin. A trois kilomètres du centre-ville, dans une belle forêt de « Karri », se dresse le « Gloucester Tree ». Cet arbre (un « karri » bien-sûr), situé en haut d’une colline, était utilisé comme tour de veille contre les incendies. Il est toujours accessible pour les plus valeureux n’ayant pas le vertige. Une fois en haut, on domine les vallées environnantes et le point de vue vaut les sueurs froides de la montée. La descente est une autre histoire et je dois dire que j’étais content d’arriver en bas…
La plate-forme culmine à 53 mètres de haut.
La plate-forme culmine à 53 mètres de haut.
Obligation de regarder en bas pour voir où poser son pied.
Obligation de regarder en bas pour voir où poser son pied.
La journée suit son cours entre baignade au lieu-dit « Cascade », discussions avec un conducteur de train touristique et beaucoup de kilomètres (environ 30 km) jusqu’à finalement camper à « Moons crossing ». Et justement, nous sommes le 14 Novembre et ce soir, la lune m’empêchera presque de dormir. Je me réveille à minuit en ayant l’impression d’être midi et qu’un soleil d’été traverse la toile de ma tente.
Un peu fraîche mais c’est bon pour les pieds !
Un peu fraîche mais c’est bon pour les pieds !
Le petit train rempli de petits vieux.
Le petit train rempli de petits vieux.
« Moons crossing » : parait-il qu’on peut traverser en 4x4…
« Moons crossing » : parait-il qu’on peut traverser en 4×4…
Ayant fait 30 km la veille, les 25 km pour rejoindre Northcliffe sont difficiles. Ce jour-là, il fait extrêmement chaud (35° C). Je fais donc une très longue pause entre 11h et 14h30. Finalement, j’arrive à Northcliffe pile à l’heure pour commander un Burger au seul Pub/Hôtel de la ville, là où je passerai l’intégralité de mon jour de repos.
Pour ceux qui se poseraient la question.
Pour ceux qui se poseraient la question.
On l’appelle « Hôtel Pub de Northcliffe » car il n’a pas de nom.
On l’appelle « Hôtel Pub de Northcliffe » car il n’a pas de nom.
Un panneau, à l’entrée de la ville, m’indique que j’ai parcouru 628 Km.
Un panneau, à l’entrée de la ville, m’indique que j’ai parcouru 628 Km.
Après 24h de repos, je repartirai pour la dernière longue section de la Bibbulmun track, à savoir 8 jours. Normalement, si tout se passe comme prévu, mon ami Christopher devrait me rejoindre, à mi-parcours, pour m’accompagner les derniers jours avant Walpole.

5 commentaires sur “Grandpa is back on the track !

  • Brigitte

    Trop trop bien Franchement je ne savais pas non plus que tu avais des dons d’ écriture; décidément tu m’impressionnes dans bien des domaines mon garçon
    Bonne route avec Christopher que j’ espère que tu as retrouvé, ça devait être vraiment sympa de vous retrouver
    Mille bizous et a bientôt pour de nouvelles aventures

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  • TONNELIER

    Trop bien !

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  • TONNELIER

    Bravo !

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  • Bouillot

    Merci pour ces bonnes nouvelles … Tu as l’air en pleine forme. Nous sommes totalement bluffés par ton aventure, ta détermination et ton enthousiasme. C’est vraiment top que tu vivres une telle aventure. J’ai hâte d’en parler avec toi car au dela de l’aventure physique, ca doit être une sacrée aventure interieure… On te fait tous d’enormes bisous

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  • Benos

    Excellent cet article, j’ai presque eu l’impression d’être à coté de toi. Prend soin de toi et bonne continuation. Bravo et au prochain post :p

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